Piratage(s)

octobre 22, 2008

Braquage mondial dans la Banque

Classé dans : Economie, Médiatique, Politique — Vogelsong @ 8:45
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Les portes-flingues de l’UMP, et en particulier le consternant F.Lefebvre, manient fréquemment le thème de la prise d’otages. Surtout quand il faut vomir les mouvements sociaux et la défense des droits acquis. Mais quand il s’agit de colossaux fonds publics déployés pour éponger les dettes de jeux de banques d’affaires, ces plantons du néo-libéralisme utilisent un langage bien plus ouaté, évoquant le refinancement, la stabilité.

Les sociétés financières, si on emploie la sémantique de l’UMP (pour l’exemple français) pratiquent une vraie prise d’otages à l’égard des États. Et il ne faut pas se fier au coryphée de l’Europe qui fait des moulinets avec son sabre en bois, pour penser que les choses vont changer.
D’abord, un plan de communication savamment orchestré avec un leitmotiv, “sauver les banques !”. Pas franchement rallié à cette idée, le citoyen se dit plutôt que sauver une bande de pitres en complets anthracite relève, soit de l’assistanat débile, soit du suicide économique à moyen terme (s’il est (vraiment) libéral). Ces tristes sires, chevaliers blancs de la liberté d’entreprendre bâfrent depuis des lustres, squattent l’olympe symbolique de la société mondialisée post-moderne. Il serait de bon aloi aujourd’hui de lancer une bouée à ces disciples du risque et de la responsabilité ? “Mais c’est une obligation !” martèle-t-on. A droite comme à gauche. Sans ça, l’Armageddon économique. Rien n’est épargné par les médias en croisade, de toute obédience. Pour convaincre le gauchiste on dégaine “les pauvres seront les premiers à pâtir de la crise”. Désopilant, ils ne subissaient aucun désagrément auparavant, vivaient même dans un certain confort. Et on évoque un collapsus général, ciblant le social-démocrate de droite qui frémit en pensant à son assurance-vie soufflée comme du pollen dans la tempête. Brrr… Flippant. Il est fascinant de constater qu’une partie de la classe politique qui a fait carrière (dans les partis ou les organisations internationales) sur l’idéologie de la finance et de la spéculation est aujourd’hui en première ligne pour exhorter à la règlementation. Au premier chef, l’incontinent D.Strauss-Khan, grande figure contestataire en France, qui a brillamment réussi à s’imposer dans les arcanes du FMI New-Yorkais.
De plus, il existe des raisons factuelles à ce gigantesque hold-up. Les États pratiquent le désarmement unilatéral face aux puissances financières depuis près de 20 ans. Quand ils gardent quelques munitions, c’est pour appuyer (paradoxalement) les établissements financiers vers plus de dérégulations (liberté dit-on en libéral). P.Beregovoy, autodidacte dépressif du parti socialiste a signé l’arrêt de mort de la régulation financière en 1986, sous les acclamations d’une grande partie de son camp, la gauche. Ce ne fut qu’une première étape vers la “modernisation” des marchés financiers et la marche forcée vers le paradis du libre échange et de la fluidité des fonds pour tous, une sorte  de démocratie populaire (financière). Les gouvernants successifs ont oublié un précepte simple qui veut qu’une puissance va jusqu’au bout de ce qu’elle peut, et ne s’arrête que lorsque elle rencontre une énergie au moins égale à la sienne*. A force de désarmer et de jouer contre ses intérêts (c’est à dire celui des citoyens), l’État a organisé lui-même son impotence. Le rouleau compresseur de la spéculation déferle depuis vingt ans à intervalles réguliers et les conséquences sont là : 1987 krach, 1992-1993 crise monétaire européenne, 1997 crise financière internationale, 1998 crise financière internationale, 2001 implosion de la bulle internet. Alors on dépoussière les hochets de circonstances : la moralisation, la prise de conscience, la refonte du système, etc… On mouline comme jamais !
Des États, dits en faillite, octroient des lignes de crédits à des établissements notoirement défectueux. Et ce, dans une surenchère qui au milieu du mois d’octobre 2008, s’élève à 1 700 milliards de dollars. A titre comparatif, un plan humanitaire d’investissement qui viserait à faire reculer durablement la famine, conséquence d’une crise alimentaire beaucoup moins anxiogène pour les instances internationales, s’élèverait à…30 milliards de dollars**.
L’assistanat aux banques est consenti sans contrepartie. Elles gardent la totale indépendance sur les engagements spéculatifs, ainsi que le contrôle total du conseil d’administration. Parmi le grand zéphyr de promesses, on en retiendra une cocasse qui vise à démanteler les paradis fiscaux, faite par J.C.Juncker, premier ministre du…Luxembourg, paradis fiscal.
Un martelage idéologique, davantage pugnace envers les faibles (citoyens revendicatifs) qu’envers les forts (technocrates de la devise), assorti d’une réelle infirmité de la puissance publique conduit à ce mirifique braquage. Plus de 3 milliards d’otages, dont une bonne partie située en occident, affectée subitement du syndrome de Stockholm.

*F.Lordon à propos des marchés
** Selon la FAO

octobre 16, 2008

Naissance d’une star : la bourse

Classé dans : Economie, Médiatique — Vogelsong @ 8:50
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Le citoyen “lambda”, qui souvent n’est même pas actionnaire, a maintenant l’œil rivé sur la bourse et l’évolution du CAC40. Sa vie en dépend. Une autre victoire de la finance sur le (fameux) réel.

Le péquin continue de faire ses courses (devant des étalages foisonnants), va travailler comme si de rien était (mais n’en pense pas moins). Mais avec au fond de ses entrailles une boule d’angoisse depuis quelques semaines : comment va le CAC 40 ?
Finalement, grâce à la crise de 2008 les marchés vont connaître la starification. Le téléspectateur vibre à chacun des soubresauts financiers. Il fait corps. Concept personnifié, la bourse est affublée de manies (“nerveuse”), d’états d’âme (“inquiète”), de qualités (“les 30 valeurs vedettes”). Le journaliste préposé atteint de panurgie suraiguë assure la mise en scène en bon monsieur loyal. Les sites de grands quotidiens font du minute par minute telles les plateformes de sports pour les matchs de gala. Mardi 14 octobre, Libération (toujours perspicace) annonce une “reprise de confiance” (oufff), le 15 “la dégringolade” (ouch) pour Le Monde… La diva est versatile.
Les médias dominants ne sont pas avares d’efforts pour essayer de “démocratiser” la chose. LCI diffuse en insert continu depuis des années les fluctuations boursières en temps réel avec indicateurs symboliques verts et rouges très didactiques. Tous les journaux et radios consacrent quelques minutes chaque jour au “phénomène” boursier. Mais cela ne concerne personne. Les banques gèrent les portefeuilles de particuliers en toute opacité, et les boursicoteurs sont quantité “epsilonienne” de la population. Evidemment les professionnels du secteur collectent leurs infos sur Bloomberg T.V. plutôt que sur LCI, France2 ou France info. Alors à quoi bon ?
Béotiens, sans portefeuille d’actions, salariés, chômeurs, tout le monde sait maintenant que c’est là que ça se joue. Pas à l’Elysée, pas à Bruxelles, ni à l’ONU. Non.  Le  centre névralgique du monde post-moderne te situe à la bourse. Les vies y basculent ou continuent comme avant, quand tout n’allait pas si mal, finalement. Avant quoi, d’ailleurs ?

Avant la crise de la télévision, celle que D.Pujadas et L.Ferrari racontent l’air soucieux, anxieux. Et c’est contagieux l’anxiété. Parce qu’un 1929 pour le citoyen occidental “mondialisé” ça ne veut rien dire. Il ne sait pas par où ça va commencer. On annonce l’apocalypse économique. Cela va-t-il se répercuter sur le loyer, le salaire, l’emploi, les prix, à quelle vitesse ? Quand ? Comment ? Pour l’instant, le “populo” assiste circonspect (mais anxieux) à la crise virtuelle et médiatique de la bourse. Sidéré, il a vu le flash de l’explosion, il attend l’onde de choc

Vogelsong – Paris – 15 octobre 2008

octobre 13, 2008

La crise du réel

Classé dans : Economie, Politique — Vogelsong @ 8:30
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La débâcle financière de 2008 n’est pas un remake de 1929. Trop court, trop facile. D’ailleurs cette dissertation sur “le sexe des anges” cache la principale problématique : la déroute d’un système, d’un dogme, celui de la mondialisation heureuse et de la croissance infinie. Des absurdités qui trouvent un bruyant écho en France.

Le système de marché comporte plusieurs limites (psychologique, externe, Interne -technique-). La balise technique semble avoir été dépassée. Et contrairement à ce qui est communément asséné, il ne s’agit pas d’un phénomène éthéré propre à la finance mais bien une conséquence de l’économie réelle, de la manière dont se conçoit la croissance.
Le dogme libéral s’appuie sur plusieurs principes, et leurs effets conjugués conspirent contre le système. Tout d’abord, il y a la contrainte de compétitivité. Derrière cette “émulation saine”, comme se plaisent à le décrire les thuriféraires du libre-échange, se cache une lutte acharnée et sanglante dont les premières victimes sont les salariés. Dans l’organisation de la lutte “du chacun contre chacun”, la compétitivité exerce une pression  à la baisse sur les rémunérations. En effet c’est la variable communément modulée pour atteindre des critères d’adaptation au marché, les plus bas prix. La sacro-sainte compétitivité.
D’autre part, les voracités actionnariales exigent une envolée rapide des cours de bourses. Elle se traduit par plusieurs conséquences. Tout d’abord un taux de profit à deux chiffres. Il est piquant de constater que la croissance mondiale, si tant est qu’elle soit un indicateur pertinent, n’a qu’un seul chiffre. Pour y parvenir, la pratique commune et orthodoxe prône la délocalisation (pour des coûts salariaux moins élevés), les plans sociaux préventifs et le management par le sang (dont la France, autrefois à la traîne vise maintenant le leadership).
Dans cette logique, survient un problème majeur de consommation. Pour écouler les biens, il faut des ressources (salaires, traitements, etc…). Selon F.Lordon, les salaires représentent 70% de la consommation. Fait aggravant, dans l’hexagone, 10 points de PIB sont passés de la rémunération du travail vers le capital (profits, rentes, etc…).
Là, se télescopent violemment plusieurs logiques contradictoires. La croissance est tirée de la production soutenue par la consommation. Et ce dans un contexte d’hypermédiatisation publicitaire. En face, arrivant avec vélocité, la paupérisation croissante des salariés, la baisse tendancielle du pouvoir d’achat, la précarisation de la classe moyenne, l’émergence d’un catégorie de travailleurs pauvres. Problème : Il va quand même falloir les écouler, ces biens de consommations et stimuler le B.T.P.
Comme le pérore le zélé sarkozyste A.Minc, “le capitalisme est un phénix qui renait toujours de ses cendres”. La doxa libérale trouve (toujours) des issues aux problèmes de débouchés. Afin de permettre aux citoyens paupérisés et laminés de se payer ce qu’ils reluquent en vitrine ou dans les spots aguichants, les banques et les sociétés de financements accordent des crédits. Le taux d’endettement des ménages américains est supérieur à 100%. Le tour de passe-passe consiste à faire croire à des tâcherons au seuil de la misère qu’ils peuvent devenir propriétaires d’une résidence cossue (comme leurs héros de la T.V.). Ce type de prescriptions concernant les crédits hypothécaires faisait partie du programme de la droite française en 2007 (“une France de propriétaires !”), celle là même qui pousse, à l’orée de la crise (dite des “subprimes”), des gémissements sur la “moralisation” du système. Autre aberration visant à écouler la production, “le travailler plus pour gagner plus” du benêt Elyséen. La plus grande arnaque politique connue avec 19 millions d’”électeurs”. Conscients que le système est à bout de souffle, les libéraux inventent la hausse du pouvoir d’achat par la hausse du nombre d’heures travaillées. Finis les augmentations de salaires, le partage des richesses, la négociation : “Coco si tu n’y arrives pas, fais des heures ou trouve un autre job !”. C’est une logique sans fin. Certains salariés américains cumulent deux boulots, juste pour s’en sortir. La France glisse doucement vers cette barbarie moderne. Résultat de la colossale bourde de mai 2007, un peuple (dit) cultivé héritier de la philosophie des Lumières a cru pertinent de mettre au pouvoir un olibrius qui mise sur la croissance infinie, le crédit infini, et la journée de travail infinie.

Vogelsong – Paris – 11 octobre 2008

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