Piratage(s)

septembre 29, 2008

Le libéralisme est un opportunisme

Classé dans : Economie, Politique — Vogelsong @ 9:30
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Il en va du capitalisme comme du cholestérol, il y en a du bon, il y en a du mauvais. En l’occurrence le capitalisme financier, c’est du toxique. La belle affaire !
Les tenants du libre marché quels que soient leurs bords ne sont plus à une acrobatie sémantique près.

Par un étonnant retournement de jaquette, tous les zélateurs du laisser-faire, en tête desquels le petit président Sarkozy, trouvent à redire aux simples conséquences de celui-ci : la crise apocalyptique du système général de la finance.
Ebranlés par le choc de la déroute banquière qui secoue la planète, les libéraux de longue date entament la danse de la régulation. Sans aucune gêne. Aucune. Il est vrai que pour cela, ils y mettent les formes (sémantiques).
Tout d’abord par saucissonnage. Le capitalisme financier n’est pas le capitalisme. Il est encore moins le libéralisme, cette forme évoluée et subtile de la libre-entreprise qui prétend être l’alpha et l’omega de l’homo sapiens œconomicus. Pourtant, le libéralisme comme le capitalisme relève des mêmes processus. Le bon docteur Mandeville l’exprimait déjà en 1705, “les vices privés entraine le bien public“. En d’autres termes cupidité, égoïsme, égocentrisme nourrissent le libéralisme (et le capitalisme). Faire la dichotomie entre libéralisme et capitalisme relève du sophisme. Licencier, pressurer, déforester ou abuser des instruments opaques de la finance pour faire sauter le jackpot relève des mêmes tropismes. Quel que soit le nom que l’on donne à la chose, libéralisme, capitalisme financier ou pas, les conséquences ravageuses sont génétiques et consubstantielles au système. Les observateurs miment l’ébahissement. F.Lordon utilisait la métaphore des légionnaires pour en décrire parfaitement l’état d’esprit : en effet, “mettez une douzaine de légionnaires en permission dans une maison de plaisirs, et ne vous étonnez pas si après quelques temps passé là, ils ne jouent pas au rami ou ne dissertent sur la princesse de Clèves“. Banquiers, économistes, pisseurs de pages feignent la consternation. Consternant.
Il n’est pas si vieux le temps (il y a quelques semaines tout au plus) où toute référence à la régulation provoquait huées, quolibets et sarcasmes de la part de nos éclairés analystes de l’économie moderne. Aujourd’hui, on nationalise en toute décontraction. En particulier quand il s’agit de socialiser des pertes dues aux balourdises de la main invisible.
Autre moyen de détourner l’attention : l’individualisation, une sorte de paroxysme du capitalisme (on individualise l’individualisme). Où pour exonérer le système de ses aberrations on sacrifie un benêt sur l’autel de la chrématistique. Il y a quelques mois un trader fou, aujourd’hui, compte tenu des dégâts, on cible du plus gros gibier. Les heureux désignés sont les revenus et parachutes dorés des maîtres du monde. La patronne du MEDEF (où l’UIMM est le plus gros bailleur de fonds) miaulait au petit matin sur une chaine nationale à ce propos. En substance, les grands patrons créent des richesses, il est donc normal qu’ils empochent des bonus astronomiques. Comme le CEO de Lehman Brothers, banque aujourd’hui liquidée, qui empochât en 2007 la coquette rétribution de 40 millions de dollars pour la “bonne” gestion de la crise des “subprimes”. Le problème est que tout cela n’a absolument aucune incidence sur le système. Ce n’est que symbolique. S’occuper des salaires des dirigeants, finalement, n’est qu’un détournement du problème principal. Est-ce que les néo-moralistes d’un capitalisme à visage humain imaginent apporter des solutions globales en limitant les émoluments des dirigeants ? C’est un hypocrite écran de fumée. Un opportunisme. Car le libéralisme, le capitalisme et tous les avatars sémantiques générés pour des objectifs de communication ne sont, à la fin des fins, qu’un opportunisme.

vogelsong – 28 septembre 2008 – Paris

septembre 22, 2008

Consommation de viande : évolution nécessaire

Classé dans : Général — Vogelsong @ 9:30
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Selon les paléoanthropologues, la consommation de viande a permis le développement du cerveau de l’hominidé. En effet, ce sont les réserves de graisses stockées après la consommation des chairs animales (et peut être “hominidiennes”) qui sont en grande partie à l’origine de ce que l’homme est aujourd’hui.

W0188-08Cela nous ramène à quelques millions d’années, à l’aube du monde humain, bien avant les débuts de la civilisation, de la consommation comme objectif de vie.
Aujourd’hui plus de 40 milliards d’animaux sont abattus annuellement. Une activité sous traitée et déshumanisée qui n’affecte personne, ni par son symbole, ni par son ampleur. Alors quelles sont les conséquences ?
De l’approche chasseur-cueilleur, l’humanité est passée à celle de l’éleveur-cultivateur, pour finalement atteindre au cours de la fin du XXe siècle un climax en termes d’extensification et d’intensification. Les comportements ont évolués en même temps sans que l’on puisse vraiment dire qui de la production ou de la consommation a suivi l’autre. En effet, la préparation de chair animale a longtemps été une activité festive, ponctuelle, onéreuse. Elle s’est mue en une pratique pantagruélique, s’appuyant sur des atours gastronomiques et sanitaires. La communication du lobby producteur en est un exemple frappant, manipulant le terroir et les vieilles lunes du bien-être (“manger de la viande rend fort” par exemple).
Au XIXe siècle la consommation annuelle de viande était en moyenne inférieure à 20 kg par personne en Europe. En 1920, elle passe à 30 kg puis en 1960 à 50 kg. En 2008, c’est 100 kg de viande par personne et par an qui est ingurgité en moyenne sur le continent*.
Mondialement, la production de viande s’élève selon la FAO à 265 millions de tonnes, et passera à 450 millions de tonnes à l’horizon 2050. Principalement dû au rattrapage des pays (aujourd’hui) en développement. On peut faire confiance au gargantuesque complexe agroalimentaire pour  faire avaler quasi quotidiennement un steak et des frites au milliard et demi de chinois.
Evident, ces choix d’alimentation ont un coût.
Pour Toumaï, l’air était frais, le climat en accord avec l’évolution naturelle de la planète, les ressources vierges.
Le mode de vie frénétique imposé à la planète au cours du XXe siècle après J.C. a grandement détérioré l’environnement. En particulier les gaz à effet de serre qui influent sur le climat global : fonte des glaces, changement radicaux dans les climats régionaux, réchauffement général. Selon les spécialistes de la FAO, la production animale est responsable de plus d’émission de gaz à effet de serre que le secteur des transports**. L’activité est responsable de 65 % des émissions d’hémioxyde d’azote, un gaz au potentiel de réchauffement global 296 fois plus élevé que celui du CO2, essentiellement imputable au fumier. De plus, le bétail produit 37% des exhalations de méthane. Ce gaz, produit par le système digestif des ruminants, agit 23 fois plus que le CO2 sur le réchauffement.
Les pluies acides sont aussi en cause. L’exploitation animale produit 37% du méthane et 67% de l’ammoniac qui ont un effet sensible sur ce type de précipitations.
Les sols paient aussi un lourd tribut. On considère que 20% des sols de pâturage sont dégradés. Le compactage, l’érosion, les pesticides, mais aussi les antibiotiques sont à l’origine de la dégradation des sols et par là même des eaux et des nappes phréatiques.

Lucy s’égayait librement dans la savane où elle trouvait les aliments nécessaires à sa survie. Il n’y avait aucune contrainte de production relative à la population.
Au début du XXIe siècle, les pâturages occupent 30 % des surfaces émergées, alors que 33 % des terres arables sont utilisées pour produire l’alimentation du bétail. Ces surfaces sont insuffisantes pour répondre à la demande future, ce qui entraîne le défrichage de forêts.
La consommation effrénée de chair animale provoque un immense gâchis nutritionnel. Outre les terres consacrées au pâturage, 60% des cultures de céréales, blé, orge sont destinés à l’alimentation animale. En 2005, 90% des 210 millions de tonnes de soja produit, le furent pour nourrir les animaux.
De plus, le ratio nutritionnel animal est exécrable. L’adage qui veut que “tout est bon dans le cochon” est une fable. Le taux de conversion de protéines végétales en protéine animale s’établit à 2,85 pour la viande porcine (il faut 2,85 kg de céréales pour produire 1 kg de viande), et atteint 8 pour le bœuf***. On nourrit les animaux pour nourrir les occidentaux sans combattre les famines endémiques de nombreuses régions du globe. Pour des raisons essentiellement gustatives, l’européen qui se prend pour une toque étoilée, sans (vouloir) le savoir, entretien cette calamité.

De 6,5 milliards en 2007, l’homo sapiens passera à plus de 11 milliards en 2050. Le descendant de l’hominidé peut continuer à bâfrer du steak et se dire qu’après lui, le déluge. Cet Homme pensant devrait portant préserver les ressources afin de les partager aujourd’hui et demain. Il deviendrait alors vraiment sage.

*120 kg aux USA
**Dont le transport de bétail et de viande exotique a un effet induit
***Le bœuf n’est pas nourrit aux céréales, il faut 100m2 pour produire 1kg de bœuf

vogelsong – Paris – 13 septembre 2009

septembre 15, 2008

Liberté – Equité – Rentabilité : nouveau credo de l’éducation (Partie 2)

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 8:40
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“Je suis à l’aise dans le sarkozysme. L’énergie, le courage et la volonté du président me séduisent beaucoup”, c’est sous la plume hagiographique de la consternante S.P.Brossolette que X.Darcos déclare sa flamme au petit président. Pas étonnant, le très libéral et conservateur “maroquin” de l’éducation administre à l’institution un traitement de cheval. Les programmes sont méthodiquement sabordés, pour faire de l’élève une machine à apprendre.

Loué par le chef de l’état et faisant partie du cénacle des sept du gouvernement bis, le lettré ministre met sa patte sur les nouveaux programmes. Objectif : retour aux fondements de l’éducation du 19eme siècle. Pour exécuter ce bond en arrière, il n’eut aucun mal à piocher dans les ouvrages récents de réactionnaires tels que J.P.Brighelli ou M.Le Bris. Ils incarnent les nouveaux mentors, dont la télévision raffole et qui ont l’antenne ouverte pour éructer sur la faillite du système scolaire français. Ces fiers-à-bras ont simplement repensé l’éducation telle qu’on la pratiquait il y a cinq générations. S’appuyant sur les chiffres alarmants de l’”illetrisme” scolaire, pouvant écrire à peu près n’importe quoi (sans être châtier par un journaliste consciencieux), s’exprimant à tort et à travers, ils jouent, à heures de grande écoute, sur la corde émotionnelle du parent inquiet qui en pince pour son marmot. “La fabrique du crétin”, titre évocateur, fit par l’auteur et sa gouaille un carton sur les plateaux télés et, par là même, dans les foyers. Il put bramer que l’égalité fait le lit des inégalités (sic), que tous nos maux viennent de 1968 (tiens ?), que les enfants passent le plus clair de leur temps en sorties pédagogiques plutôt qu’en leçons d’algèbre. Les parents adorent.
Les programmes en prennent un sérieux coup. C’est le grand retour des blouses grises et de la baguette en bois. Le “par cœur” qui était dans la panoplie des méthodes devient systématique. Le “b-a ba”en lecture aussi. On revient à l’âge primaire de la didactique, ou plutôt au bourrage de caboches. Les nouveaux programmes sollicitent un retour aux “fondamentaux”, c’est-à-dire le français et les mathématiques. Qui laisse croire, au passage, que ces matières étaient délaissées. Dans le même temps, 72 heures vont être supprimées. Donc, au “détriment de l’ouverture sur le monde, de toute la culture humaniste (histoire, géographie, sciences expérimentales), de la pratique artistique (musique et arts visuels) et informatique. Les matières d’épanouissement et de culture vont passer automatiquement par pertes et profits”*. Cela en dit long sur la considération que ces “pédagogues” ont pour l’enfant. Ce réceptacle vierge à inculquer.
On observe aussi un glissement sémantique prodigieux, “l’expression écrite” est remplacée par “la rédaction”, “la poésie” par “la récitation”, “l’éducation civique et citoyenne” par “l’instruction morale et civique”. Va-t-on chanter l’hymne national lors de la levée des couleurs ? On ne badine plus en Sarkozie.
D’autre part, en maternelle l’ambition des programmes n’est plus “apprendre à vivre ensemble”, mais “apprendre à être élève”. Nettement plus dans l’air du temps utilitaro-individualiste.
Les français semblent oublier que ce sont leurs enfants que l’on livre à cette industrie. Comme des boîtes vides, bonnes à garnir.
La contestation a fait long feu. Peu (pas) appuyé par les parents, dépassé par le calendrier balnéaire, mené par des leaders syndicaux proprement apathiques (et incompétents), le mouvement s’est inéluctablement étiolé. Chez les intellectuels c’est le calme plat. P.Meirieu est, pour un temps, sorti de sa tour d’ivoire pour pousser une lente complainte. Mais seulement après avoir été mis nommément en cause pour son pédagogisme. Le sujet est pourtant essentiel, mais c’est symptomatique de l’attitude négligente de tout un pays tétanisé par un pouvoir “autiste”.

-A suivre-

vogelsong – 2 septembre 2008 – Paris

*Propos de Y.Vlahovic, professeur en Loire-Atlantique

septembre 10, 2008

Liberté – Equité – Rentabilité : nouveau credo de l’éducation (Partie 1)

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 8:50
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L’Éducation Nationale prend de plein fouet les ajustements structurels imposés par la nouvelle donne politique et économique. Pour obtenir des résultats chiffrés, un gros travail de sape idéologique est accompli.

L’opinion, ça se travaille ! Les gouvernements successifs ont parfaitement intégré ce point. Les personnels d’enseignement sont en première ligne du dénigrement, et ce depuis plus de deux décennies. Premier budget de la nation (75 milliards, 19%), et domaine sanctuarisé. Pour une nation développée, l’instruction est un investissement en croissance et développement. La génération d’après guerre raisonnait comme V.Hugo, “quand on ouvre une école, on ferme une prison”. Ce paradigme est mort, enterré.
Prosaïquement, les professeurs et instituteurs sont généralement affublés de sobriquets “plaisants”. Planqués car fonctionnaires, ils disposent du privilège de l’emploi à vie. En période de chômage de masse, la communication moderne a bien orchestré les frustrations de salariés jetables (et jetés). Objectif : stigmatiser ce corps épargné par la précarisation générale et toujours rétif aux partis conservateurs. Il est très facile de convaincre un smicard quotidiennement laminé que les fonctionnaires ont un avantage “royal”. Celui de ne pas être bringuebalé par une structure financière versatile. Ce raisonnement est d’une probité douteuse, on sent poindre la jalousie et le nivellement par le bas : “J’en bave, je ne vois pas pourquoi les autres non ?”.
Éducation Nationale, un refuge ? Il faut remettre les choses dans l’ordre, la crise de vocation n’est pas imputable à l’Éducation Nationale, mais à l’environnement économique. Qu’une partie des diplômés de la faculté ait choisit le professorat par défaut est indéniable. Mais cela s’est produit sous la pression du marché de l’emploi et non pas par une subite crise de farniente générationnelle.
Fainéants aussi. Il est aujourd’hui de notoriété que les fonctionnaires dans l’ensemble forment une tribu d’assistés très peu productifs qui vit aux crochets des salariés privés (eux très productifs, bien sûr) et qui paient de lourds impôts. Les professeurs et instituteurs cumulent, en plus de ces tares, quelques autres défauts irrémédiables. D’abord les congés, prérogative absolument intolérable pour le salarié “marchéisé” qui se lève tôt même en juillet. Ensuite il y a les émoluments supposés pharaoniques pratiqués dans l’Éducation Nationale*. Cerise sur le gâteau, ils sont payés même durant les deux mois d’été (où ils glandent à La Bourboule)**. En somme, c’est le genre de lieux communs que l’on enfile comme des perles depuis de nombreuses années.
Le paradigme de l’utilitarisme est aussi passé par là. Toujours vecteur d’instruction, le professeur est maintenant aussi perçu comme un prestataire de services. Pour les familles, il doit d’abord être performant dans la transmission du savoir avec une quasi obligation de résultats, mais en plus, il doit faire office de gardien d’enfants. Cet aspect est devenu primordial pour les parents qui travaillent et X.Darcos ne s’y est pas trompé en instaurant un service minimum de garderie. Cette astreinte ne concerne pas l’instruction, mais bien le fait de veiller sur les marmots durant les jours de grève, étant entendu qu’aucune transmission de savoir n’aura lieu. La suppression du samedi dans l’emploi du temps s’adresse directement aux parents.
Institutionnellement, les attaques sont venues de tous bords. Le pachyderme de gauche C.Allègre déclarait vouloir “dégraisser le mammouth”. Formule subtile pour notifier à la profession qu’elle est pléthorique et bouffie d’avantages. Grossier dans la forme, il avait au moins le mérite de la clarté. En 2005, un rapport de la cour des comptes sous la houlette de P.Méhaignerie stipulait que 32 000 équivalents temps plein de professeurs n’étaient pas devant les élèves. Plus vicieux. On entendit les cris d’orfraie des contribuables fourbus constatant que le fruit de leur labeur était dilapidé. Récemment l’inculte président N.Sarkosy voulait “revaloriser” le métier d’enseignant (et de gardien d’enfants). Son mâtin X.Darcos annonce une prime d’entrée dans le métier. Des sous-entendus lourds de sens : ce métier, aurait-il, au fil des ans et des coups de boutoirs perdu sa valeur ?

- À suivre -

*Un professeur des écoles commence sa carrière à 1 500 euros par mois sur 12 mois pour finir après 30 ans de service à 2 700 euros
**C’est faux, la rémunération est lissée annuellement

vogelsong – 24 Août 2008 – Paris

septembre 5, 2008

Engagement en Afghanistan : l’opium du peuple

Classé dans : Médiatique, Politique — Vogelsong @ 8:30
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H.Morin ministre de faible envergure, sans charisme, convié au poste pour traîtrise d’entre deux tours, fait de la retape des balourdises du petit président. Les événements d’août en Afghanistan, la piètre performance de commisération de N.Sarkozy engendrent un profond malaise sur l’engagement militaire de la France. Le ministre des armées fait ce qu’il peut -c’est-à-dire presque rien- pour clarifier la situation et vanter la pureté de ses intentions.

Les talibans ont occis 10 militaires français au mois d’août 2008 lors d’une embuscade. Il existe au moins cinq versions des faits, et au moins autant de variations au sein de chacune. Le gouvernement tente d’imposer sa vision du drame, celle qui pose le moins d’interrogations, bien sûr. Les citoyens déjà dubitatifs sur l’engagement aux côtés des USA auront au moins appris une chose principale de la guerre : un projectile en métal propulsé à plus de 900 kilomètres par heure tue. Sinon, il ne doit pas compter sur N.Demorand et consorts pour sortir du caquètement habituel en la matière.
Sur la façon dont s’est déroulée l’embuscade, il est probable que la thèse officielle ne soit qu’une version d’attente, destinée au zapping médiatique. Un événement chasse l’autre. Et sur ce plan, le fade H.Morin s’en tire, plutôt très mal. Il justifie par exemple l’absence de reconnaissance aérienne par le fait que 150 missions par jour sont effectuées. Il serait impossible d’envoyer un drone ou un avion à chaque opération. Le ministre de la défense reconnaît donc, implicitement, le manque de moyens sur place pour mener les missions à bien, avec un maximum de sécurité pour les troupes engagées. D’autre part, le ministre, pour décrédibiliser les versions non gouvernementales, parle d’intoxications venues du web, “qui lance des rumeurs”. Facile. Les assertions de la “kakisphère” laissent des traces même au sommet de l’état. En effet, la grande muette s’exprime sur sa condition. Loin des images de rectitude et d’épanouissement vendues par la communication du ministère de la défense.
De plus, l’ancien ami de F.Bayrou évoque une opération de propagande talibane à propos du reportage de Paris-Match. C’est proprement hallucinant. Parce que le gouvernement français dans ce cas ne fait aucune propagande, seulement de la communication. Pendant près d’une heure le ministre de la défense parlera de l’Afghanistan, enfilant les platitudes, la dignité feinte d’un ton grave et médiocrement joué, sans jamais aborder les raisons premières de la présence des forces de l’OTAN en Asie centrale. L’auditeur n’échappera pas au couplet sur l’inhumanité des “fous de dieu”, en particulier envers les femmes. Il ne coupera pas non plus à la vertigineuse litanie sur la démocratie, les valeurs, l’humanisme, le terrorisme et autres balivernes qui servent aujourd’hui de justification à à peu près n’importe quoi. Le chef du Nouveau Centre n’oubliera pas le chapitre sur le nombre de kilomètres de route construits depuis la providentielle présence occidentale. Si les valeurs humanistes ou la démocratie (ou le bitumage) déplaçaient les bataillons cela se saurait, et ce, depuis des lustres. A aucun moment ne seront évoqués l’opium, le pétrole, le gaz, l’Iran. Et il ne faut pas compter sur le spécialiste de l’international B.Guetta pour aborder ces thèmes. Pas fou ! Le statut de l’afghane est bien plus vendeur et consensuel.
Faut-il rappeler que l’Afghanistan possède plus de 900 kilomètres de frontière avec l’Iran nucléaire ? Ce pays est toujours le premier producteur d’opium (92% de la production mondiale). Mais surtout sa position géographique en fait un enjeu stratégique pour l’acheminement des matières premières. Le projet d’oléoduc pour exporter le gaz Turkmène passerait par l’Afghanistan. Les consortia américains sont en première ligne dans ces projets pharaoniques. Ils nécessitent une sécurisation et un alignement des pays hôtes.
La position afghane permet aussi aux USA d’être à proximité des ressources pétrolifères de la mer Caspienne (Baku, Tengiz) et du moyen orient par le flan est. L’ouest étant occupé par la Géorgie et la Turquie (et Israël). Au sud la VIIème Flotte, capable de blocus. Au nord, l’Ouzbékistan, affidé.
La France dans ce contexte ne joue que les supplétifs dans une zone que les étasuniens entendent cadenasser. Il n’y a pas d’angélisme sur les sujets stratégiques. Chacun doit protéger ses intérêts. Dans cette optique on doit se demander si la France est à sa place dans cette région ? Et si oui, pourquoi ne l’annonce-t-on pas clairement ? Quels sont les termes du marché, que recevons-nous en échange de notre inféodation ?
Au lieu de cela, on assiste médusé à un cérémonial où un petit président pouffe devant les cercueils de 10 soldats, snobe des familles en deuil*. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme ou d’instauration de droits de l’homme. Explications dont on connaît l’obsolescence après les aventures libyenne et tibétaine.

*Lire le récit édifiant de F.Aubenas dans le nouvel observateur

vogelsong – 04 septembre 2008 – Paris

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