Piratage(s)

août 31, 2008

Retour de la stagflation, 25 ans après…

Classé dans : Economie, Politique — Vogelsong @ 8:56
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Remise au goût du jour, la “stagflation” est une affliction qui a pour double effet la stagnation de la croissance (voire la récession) et l’inflation. On acheva l’État Providence sous ce prétexte. Après 25 ans de diète, on revient au point de départ.

A l’origine, La “stagflation”, verbale contraction de “stagnation” et d’”inflation”, était une charge critique contre la politique budgétaire de relance keynésienne. Pour les économistes classiques comme F.A.v.Hayek, la relance de la consommation par la demande aboutit à terme à des effets pervers. Selon le principe monétariste, une politique budgétaire inflige une double peine à l’économie, l’activité se délite pour revenir à des niveaux précédants les relances et le taux d’inflation remonte au dessus de son niveau initial.
Les remèdes concoctés par l’école de Chicago consistent à pratiquer une politique restrictive de la monnaie qui relève mécaniquement les taux d’intérêts. Nous assistons alors à un refroidissement de l’activité, et à une neutralisation de l’inflation. Après la crise des années 70, les pays industrialisés passèrent avec plus ou moins de célérité à cette conception de l’économie. L’Angleterre Tatchérienne dès 1980. Vite suivie des USA* de l’acteur gominé R.Reagan et du Chili d’A.Pinochet grand adepte des “Chicago boys”. Dans le sillage de ces politiques vint s’imbriquer une nouvelle définition de l’État, de son rôle et plus généralement des relations sociales. La dame de fer illustra sa politique par un aphorisme révélateur, “…there is no such thing as society…”**.
Pour la France se sera le réveil douloureux du printemps 1983. Élu en 1981 sur un programme radicalement de gauche, le président F.Mitterrand met un terme aux politiques de relance budgétaire destinées aux classes populaires. Devant une Europe déjà attentiste et opportuniste, ces mesures creusèrent -du fait de  l’isolement hexagonal- le déficit de la balance commerciale. L.Fabius fut le grand ordonnateur de cette reprise en main et de l’assainissement des déséquilibres macroéconomiques. Il appliqua comme partout ailleurs les préceptes conservateurs en vogue à cette époque.
Depuis, la croissance ne se porte pas trop mal : bon an mal an, elle fluctue autour de 2%. Les échanges internationaux se sont intensifiés. La finance internationale règne sans partage sur le monde. Pour le citoyen, c’est une autre musique. Ces “nouvelles” politiques ont fortement influencé l’environnement économique et social. La dérégulation du marché du travail bat son plein. Depuis 20 ans nous assistons à une “précarisation” des salariés par l’explosion de l’intérim, des CDD et des temps partiels. Le chômage de masse vient renforcer cette pression. Les assurances se sont réduites comme peau de chagrin, et la stigmatisation du chômeur fainéant est devenu depuis 20 ans un thème porteur.

Le système de santé s’est peu a peu privatisé. La retraite par capitalisation est presque obligatoire. Qui parlait de mutuelles privées en 1975 ? La mondialisation dans sa mansuétude est très sélective. Les inégalités n’ont cessé de s’accentuer, la pauvreté de s’installer (13% en 1984 et 2006). La prophétie “néo-libérale” autoréalisatrice du “gagnant-gagnant” ne s’est pas accomplie. Point d’orgue de ce processus de délitement,  l’élection en Italie d’un malandrin notoire, aux USA d’un parfait idiot et en France d’un  inculte jean-foutre.

L’État, par de multiples réformes s’est dépouillé de ses prérogatives d’équilibrage et de moralisation de l’économie. Le désengagement progressif, les privatisations ont transformé cet acteur vital pour les keynésiens en spectateur médusé de la contre réforme libérale. Depuis les années 80, 9,3 points de pourcentages sont passés de la rémunération du travail vers celle du capital. Le casse du siècle : 150 milliards d’euros. Sans que les gouvernants (même de gauche) ne pipent mot. Cantonné jusqu’au début des années 2000 à panser les plaies qu’il avait indirectement permis, l’État pratique aujourd’hui une politique volontairement inéquitable visant la paupérisation des plus faibles en facilitant le transfert de ressources des pauvres vers les riches. Et, expliquant que tout va pour le mieux, spots de publicité à l’appui.

Le monde titrait le 5 août 2008, “Le risque de stagflation paralyse les banques centrales“. Comme un retour à la case départ (autour de 1984). A une exception majeure,  le principal a déjà été bradé.

*Les USA n’ont en fait jamais abandonné le keynésianisme

**”…il n’y a pas de société”

vogelsong – 24 août 2008 – Paris

août 25, 2008

De l’employabilité à la corvéabilité

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 8:45
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Le FMI nous recommande d’accélérer. Et, en effet, c’est le moment ou jamais d’accentuer les tendances existantes vers plus de concurrence et plus d’entreprise, ce à quoi la loi de modernisation de l’économie est, comme vous le savez, entièrement consacrée“, cette déclaration n’émane pas d’un chef d’état d’une république bananière d’Afrique, mais de la ministre de l’économie de la France C.Lagarde.
Dans son œuvre bienfaitrice, le gouvernement français n’est pas avare d’efforts pour faire le bonheur du salarié, malgré lui. Par un surcroit de concurrence, il entend davantage de compétition entre les entreprises, mais aussi entre les travailleurs à l’intérieur et à l’extérieur des firmes. Le rêve moite de la majorité UMP serait d’instaurer le contrat unique et la “fléxisécurité” à la française.
En vue d’enterrer le contrat à durée indéterminé (CDI), trop contraignant pour les entreprises, la droite prévoit la mise en place d’un contrat de travail évolutif. En théorie les droits seraient acquis en fonction de l’ancienneté passée dans l’entreprise. Le licenciement serait facilité. Une manière de donner des latitudes supplémentaires aux DRH pour la gestion des ressources humaines. Objectif : le “turn-over” maximum. Cela fait écho aux demandes répétées du patronat qui, dans l’intérêt d’inconscients salariés, exige plus de souplesse dans la gestion du personnel. Idéologiquement c’est la loi de l’offre et de la demande sans aucune entrave.
Du même tonneau, le concept de “fléxisécurité” prévoit une plus grande souplesse dans la mise à l’écart des collaborateurs. Très admiratif du modèle anglo-saxon, N.Sarkozy l’américain* voudrait imposer en France la “fluidité” du salariat d’outre-manche. En pratique, la “fléxisécurité à la danoise” que vante tant le versatile E.Besson demanderait (à prestations égales) de multiplier par huit les ressources des services de l’emploi. Avec l’UMP et N.Sarkozy, impossible.
En réalité, la loi de modernisation de l’économie met en œuvre (faute de contrat unique) la rupture par consentement, qui permet aux salariés et aux chefs d’entreprise de mettre fin au contrat à”l’amiable”. Ce dispositif a pour but d’éviter le recours au licenciement “déguisé”. Néanmoins, il ouvre la voie à de nombreux abus. Dans les sociétés, compte tenu du rapport de subordination, il est fort probable que ces nouvelles réglementations entraînent des dérives arbitraires. Assuré de percevoir des allocations chômages, le salarié est peu enclin à s’accrocher au poste si les pressions sont trop fortes. Au final, c’est une manière de faire peser sur les comptes sociaux les ajustements économiques et financiers des entreprises. Au prix de moindres efforts.
La “corvéabilité” du salarié est au cœur du dispositif du gouvernement de F.Fillon. Les ministres semblent oublier que les entreprises françaises effectuent près de 800 000 licenciements par an. Après consultation de ces chiffres, l’éminent analyste officiel J.Marseille ne pourra plus affublé la France de “dernier pays à économie planifiée après la Corée du Nord et Cuba”.
L’emploi dérégulé est aussi en constante augmentation : en 1996, le nombre d’entreprises de travail temporaire s’élevait à 5 000 et elles comptaient un effectif de 320 000. Ces chiffres sont passés en 2006 à 7 800 pour un effectif de 690 000**.
Par l’argument de l’employabilité, les thuriféraires patronaux souhaitent contraindre les travailleurs à la mobilité. La sociologie du travail semble échapper totalement aux décideurs de ce pays. Comment peut-on encourager l’accès à la propriété pour tous***, c’est-à-dire l’endettement sur 35 ans, et inciter à une chimérique mobilité ? Les employés et ouvriers représentent plus de 50% des travailleurs en France, 70% si on additionne les professions intermédiaires**. De quelles mobilités parle-t-on pour ce type d’emplois et quels niveaux de salaires ? Va-t-on imposer, par exemple, la mutation d’un opérateur de saisie à 350 km de son domicile pour 1 380 euros bruts par mois parce que c’est “moderne” ? Pour un cadre dirigeant, mutation, mobilité signifient (forte) évolution de la rémunération. Il en est tout autrement d’un salarié au dessous de 1,2 fois le smic, pour qui mobilité implique souvent déclassement.
La quintessence de cette vacuité est atteinte par le prospecteur d’avenir J.Attali et son concept évanescent de travailleur nomade. Notion idoine pour un public de cadres aisés captifs, applicable aujourd’hui à 5% des travailleurs et demain, pas au delà du double.
En janvier 2008, J.Généreux, tentait d’expliquer à un parterre de socialistes que la clef de la mobilité pour ceux qui la désirent, c’est la sécurité• . Contrairement aux néo-classiques (fraîchement baptisés libéraux), il estime qu’un environnement économique et légal rassurant pour le salarié motive les mutations dans des conditions moins violentes, moins stressantes.

*En septembre 2006, il déclara qu’il ‘appréciait l’énergie et la fluidité de l’Amérique
** Source INSEE
*** Cf. campagne du petit président
• Employant le terme malheureux de “sécure-mobilité”

vogelsong – Paris – 11 Août 2008

août 17, 2008

Même quand ça va mal, tout va (quand même) très bien

Classé dans : Médiatique, Politique — Vogelsong @ 9:00
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La marquise C.Lagarde déflorait en avant première l’excellente nouvelle ce 14 août 2008 sur l’antenne matinale de France Inter. La croissance française au second trimestre est en baisse de 0,3% selon l’INSEE. Champagne !

C’est quasiment guillerette● que la ministre de l’économie du gouvernement du pouvoir d’achat de N.Sarkozy vient déclamer que tout ne va pas si mal pour l’économie française. Forte des évaluations de l’INSEE, elle estime ses performances, pas si mauvaises. Succédant au cuistre J.Attali, la ministre de la compétitivité monopolisa la parole par téléphone pendant plus de 15 minutes. Face à un journaliste en état de sidération, l’ancienne avocate d’affaires américaine déroule sans aucun complexe une litanie d’insanités.
La paquet est bien ficelé, on y trouve pêle-mêle, des mesures fiscales partiales, la mise en concurrence des universités, le bonus/malus “écologique” du très brillant J.L.Borloo, le libéralisation du marché de l’emploi et la baisse du prix des matières premières. Le gouvernement a tout bon. Elle précise, pithiatique, que la France fait moins pire que son voisin allemand (-0,5%), et aussi mal que l’Italie et omet au passage que la zone euro fait mieux (-0,2%). Quelles fabuleuses performances !
Le citoyen effaré doit se remémorer que F.Fillon, en juin 2007, annonça péremptoire -après deux éblouissants succès électoraux du parti conservateur- qu’il allait “déclencher” un choc de confiance. Qui dynamiserait l’économie, stimulerait la croissance. Le président Sarkozy a arraché son élection sur le leitmotiv du pouvoir d’achat. Mais la France, que l’intelligentsia “umpiste” disait protégée de la crise internationale subit naturellement (et comme tout le monde) le choc planétaire. Pas meilleure, voire pire si on s’attarde sur les efforts demandés aux plus pauvres et les libéralités octroyées aux plus replets. La confiance n’est pas là, l’indice de moral des ménages (dont la pertinence peut être discutée) est au plus bas depuis sa création en 1987. De pouvoir d’achat, pour les salariés et la classe moyenne, il n’y eu point. En effet, l’institut de statistiques annonce une augmentation du salaire de base de 3,1%. L’inflation s’établissant à 3,6%, la conséquence semble limpide.
Caractéristique exceptionnelle du gouvernement sarkozyste : son aplomb dans le ridicule. Prétextant une baisse du prix du pétrole, miss Lagarde prévoit une période d’alanguissement aux Français qui souffrent. Effectivement, le baril diminue sensiblement sur les deux dernier mois, mais il est absolument inconcevable que cette tendance perdure. En charge de dossiers cruciaux (en particulier l’énergie), une ministre s’appuie sur des données statiques émanant de variations à court terme d’un marché très spéculatif pour annoncer d’abracadabrantesques conclusions (et solutions). À ce niveau de responsabilités, cela relève soit du mensonge, soit d’une incompétence crasse (ou des deux).
Lors de l’annonce des chiffres de la croissance de 2007, la jubilante C.Lagarde s’était réjouie de l’exceptionnelle performance de 2,2%. Ce résultat constituait une fourchette basse, mais l’INSEE avait fait un excellent travail de sape en amont, annonçant moins de 2%. Même médiocre, cette révision à la hausse permit au gouvernement de plastronner. S’accaparant même ce “fantastique” redressement (+0,3%). Selon les brachyoures de Matignon cela serait dû “à-la-politique-mise-en-œuvre-depuis-des-mois-et-qui-porte-ses-fruits”. Aujourd’hui, l’annonce d’une “possible” récession relève (évidement) du contexte international (subprimes, énergie). Mais bien sûr, pas de la fabuleuse politique économique “mise-en-œuvre-depuis-des-mois-et-qui-porte-ses-fruits”…
L.M.Chatel déjà illuminé, claironnait la fin de l’inflation sans réel élément tangible●●. Aujourd’hui, la baisse de la croissance est quasiment louée comme une victoire par la droite.
Quand une auditrice pose une question sur la désindustrialisation du pays, la ministre répond : (1)loi TEPA, (2)les heures supplémentaires, (3)libéralisation du marché du travail, (4)etc… Subséquemment un auditeur se fend d’un question sur le commerce international, l’”aristocrate” de Bercy remet la bande : (1)loi TEPA, (2)les heures supplémentaires, (3)libéralisation du marché du travail, (4)etc… Perpétuelle.
La machine présidentielle impose une exceptionnelle discipline à ses affidés. Et sur ce point, la stratégie est irréprochable. Le discours est martelé d’un même tempo, d’une même substance. Un rideau d’allégations ponctuelles est tiré sur une situation réelle qui se prolonge. Cela permet à Ubu de demeurer au pouvoir, installant ainsi un confortable climat de résignation béate. Il serait grand temps de déchirer ce voile.

● Libération titrera “C.Lagarde admet que les chiffres ne sont pas bons” (nldr : “mauvais” n’est pas dans le lexique de l’élite sarkozienne). Il semble que l’effectif restant de journalistes carlabrunistes n’ait pas saisi l’interview dans son tout
●● une stabilisation au mois de juillet

vogelsong – Paris – 14 août 2008

août 12, 2008

TINA fait ses ravages au Parti Socialiste

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 7:11
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Le pur TINA (“there is no alternative”) fleurit même chez les militants du parti socialiste. Reprenant le paradoxal, “il faut changer le système pour qu’il perdure”. Les vieux tropismes réactionnaires sur le travail, les retraites, régénérés par le petit président trouvent aussi un écho chez les partisans de M.Valls & affidés.

mytho_traitre“Compte-tenu-de-l’allongement-de-la-durée-de-la-vie-nous-devons-travailler-plus-longtemps” et “nous vivons plus longtemps, on doit travailler plus longtemps, c’est logique” : formules reprises, éculées à longueur de médias “panurgiques”. Elles émanent aussi de plumes de militants socialistes. Ces hochets sont destinés en réalité aux bons soins de communicants pour imposer des efforts (inutiles) aux citoyens. Aussi, et surtout, pour en épargner d’autres, plus ventrus. Du Tatchérisme. Intégral.
J.Généreux, déjà, exprimait son accablement en se rendant compte après quelques échanges que des adhérents du PS trouveraient tranquillement leur place au sein du MODEM ou à l’UMP.
Pratiquement, si le régime des retraites est en déficit, c’est parce qu’il n’est pas financé à la hauteur de ses promesses. En 20 ans 10 points de PIB sont passés de la rémunération du travail vers celle du capital. Le travail en France est l’une des sources principales de cotisations des caisses d’assurance. Le “capital” ne participe pas ou très peu. Et parmi les rémunérations, les stock-options* par exemple, sont très peu mises à contribution. Elles pourraient rapporter près de 3 milliards d’euros selon P.Séguin. Peccadille.
Les aides aux entreprises s’élèvent à plus de 60 milliards dont 20 milliards d’exonération de cotisations sociales. Octroi donné sans aucune contrepartie (non délocalisation, stabilisation, pérennisation). Une portion de ces subsides suffirait à équilibrer les comptes des caisses d’assurance. Les effets induits seraient aussi conséquents, puisque que moins de chômage entrainerait mécaniquement plus de financements. Cette analyse semble asymétrique mais la pécune existe.
L’élément démographique à long terme est très peu pris en compte dans cette approche “fast-think” pour plateaux TV et benêts électeurs. Comment se comporte l’équilibre à l’horizon 2050 ? Gageons que la France (et l’Europe et le monde) existera encore et si ce n’est pas le cas à quoi bon s’escrimer à résorber un “pseudo-déficit” ?
D’autre part, pourquoi, “compte-tenu-des-gains-de-productivité”, ne pas faire contribuer les “machines” au financement de l’équilibre et du progrès social ?
Bien que la durée statistique de vie s’allonge, elle demeure toujours inférieure de 10 ans pour un employé par rapport à un cadre. Ces réalités ne posent aucun cas de conscience aux révolutionnaires de la gestion scrupuleuse.
Historiquement, la diminution des temps de labeur est un progrès pour la population qui vit de sa force de travail. Renier ce point, c’est, tourner le dos aux valeurs fondamentales de la gauche. Commencer par l’allongement de la durée du travail, avant la mise en œuvre de toutes les autres marges de manœuvre est une régression.
Ces réserves ne sont pas de l’archaïsme idéologique crypto-léniniste, ni de l’”agit-prop”, ni de l’utopisme, ni un comportement anti-gestionnaire comme il est éructé de gauche à droite. L’objectif n’est pas de surcharger inconsidérément les entreprises car elles sont un des moteurs. Juste faire en sorte que chacun fournisse sa part, dans une société de progrès. Les marges de manœuvre existent, conséquentes et réalistes. Trop pour certains.
Que les “sociaux-libéraux” (dits de gauche) se comportent par “modernisme” comme le SAV du MEDEF, est un choix (on paie sa contribution en toute liberté). Mais il doit exister des groupes, partis ou associations idoines pour cela. En particulier hors et loin du PS.

* Qu’un J.Dray plus affuté propose ici

vogelsong – 01 août 2008

août 4, 2008

Equarrissage du SMIC, une impression de déjà-vu

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 6:49
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Dans sa recherche frénétique de solutions sociales, le premier ministre F.Fillon a mandaté une étude sur le salaire minimum. Les économistes chargés de la besogne ne l’ont pas déçu. Jugé “trop élevé et contraignant”, le SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) “n’est pas un moyen efficace pour réduire la pauvreté et les inégalités”. Que du neuf ?

Jugé iconoclaste par les commentateurs vespéraux, le rapport des trois économistes, P.Cahuc, G.Cette, A.Zylberberg, remet sur la table la vieille recette du SMIC comme ennemi du salarié. Déjà, en 1994, l’anti-pirates D.Olivennes accommoda une note de la même saveur, s’intitulant : “La préférence française pour le chômage”.
Pour mettre en valeur ses conclusions, P.Cahuc et son escouade ont récolté des statistiques européennes datant de 2002. Plutôt hétérogènes, car quatorze pays fournissent des données relatives à des salariés d’entreprises non-agricoles, les quinze autres, des chiffres issus d’entreprises de plus 10 salariés. En France, 1,5 millions de “smicards” travaillent dans les entreprises de moins de 10 salariés sur les 2,5 millions au total (60%). Précision horlogère, donc.
Historiquement les orthodoxes considèrent que le marché du travail se comporte comme les autres marchés. L’équilibre est le fruit de la conjonction d’une offre et d’une demande. Tout mécanisme régulateur est une entrave à la bonne marche du système. L’instauration d’un salaire minimum est vécue par les néo-classiques (aujourd’hui dénommés néo-libéraux) comme un brouillage déstabilisant. En 1970, l’économiste P.Samuelson déclarait déjà : “un jeune noir ne gagne rien au fait qu’un employeur doit le payer $2 par heure si c’est aussi ce qui l’empêche d’obtenir un job”. Dans une France plus policée mais non moins réactionnaire, après 85 pages de statistiques roboratives, le mini cénacle issu du cercle des économistes (supposés de diverses sensibilités) soutient en substance la même chose.
Il point aussi l’inévitable antienne de l’assistanat. En effet, la préférence à la paresse est l’élément central de la doxa néo-libérale dans l’analyse du marché du travail. C’est limpide, le salarié est un fainéant génétique (pas le rentier). Une fois établi ce présupposé structurant, les analystes se bornent à vouloir trouver du travail à tout le monde. Et à n’importe quel prix ! Comme le présage L.Cordonnier*, en “libéralisant” (plus encore) le marché du travail, par la suppression du salaire minimum, certains métiers trouveraient le prodigieux équilibre autour de 500 euros par mois à temps plein. C’est, à peu de choses près, le modèle du marché du travail de l’ère pré-industrielle.
L.Wauquiez, d’une sagacité étourdissante, faisait remarquer que chaque fois que le salaire minimum évolue, le nombre de bénéficiaires augmente. Arguant donc une nécessaire et inéluctable continence. Bigre. C’est à ce type d’illuminations gouvernementales que le citoyen ébahi (potentiellement “smicard”) est confronté presque quotidiennement. Au lieu de penser à la valeur du salaire et surtout à ce qu’il permet de garantir, le gouvernement du “pouvoir d’achat” et du “choc de confiance” se consacre à ne pas faire augmenter le nombre de ses “bénéficiaires”. Une méthode édifiante qui consiste à faire baisser le seuil d’une population, pour en diminuer le nombre d’éléments.
Politiquement, il sera très risqué d’évacuer le SMIC. Mais un pavé supplémentaire est jeté dans le jardin toujours plus lapidaire du social. A droite, cela fait le ravissement du charitable M.Hirsch. Le RSA (revenu de solidarité active), aiguillon anti-paresse, patiente dans les cartons de la nouvelle session parlementaire. Un coup de canif au SMIC est toujours le bienvenu à l’aube de négociations ardues. A gauche, c’est le mutisme (prudent). Et on se remémore le délicieux souvenir de la déclaration de S.Royale après la défaite de 2007, prétendant ne pas croire en une de ses propositions phare : le SMIC à 1 500 euros*. Curieusement, G.Cette, co-producteur de ce rapport était conseillé économique dans l’équipe de campagne de la perdante.
Dans le mouvement idéologique qui sévit aujourd’hui en Europe, pratiquant la déréglementation violente du marché du travail, le rapport “Cahuc” trouve confortablement sa place. Affublé d’iconoclasme, il est avant tout barbare dans sa finalité. Il ressert la petite musique du libéralisme, fustigeant les contraintes et entraves au bon fonctionnement de la sacro-sainte “chrématistique”. Où toute régulation contraignante afflige le salarié inconscient de son mauvais sort. Certes, si le salaire minimum est une contrainte : c’est celle du paiement des loyers et du remplissage du chariot de denrées.

* “Pas de pitié pour les gueux“. Ed. Raisons d’agir
** au 1er juillet 2008, il s’établit à 1 321 € brut

vogelsong – Paris -04 août 2008

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